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La Désirade

LE FUTUR DES ÎLES DU SUD – DESIRADE

© NOUVELLE Semaine. N291 – du 22 au 28 Janvier 2016

 

Bien qu’elles attirent de plus en plus de touristes, les îles du Sud souffrent toujours de leur double insularité. Le difficile accès aux soins, les problèmes de chômage, la fuite des jeunes, le vieillissement de la population, sont autant de défis auxquels sont confrontées La Désirade, Marie-Galante et les Saintes. Au-delà des promesses de campagne et de l’espoir de la mise en oeuvre réelle de la continuité territoriale, la baisse des dotations de l’État aux collectivités rendent complexes le développement de ces îles ayant pourtant des atouts pour devenir des laboratoires de développement touristique et d’expérimentations technologiques. Cette semaine, zoom sur la Désirade, avant un coup de projecteur, dans le prochain numéro, sur Marie-Galante. Nous terminerons notre tour des îles par les Saintes. KB


La Désirade lorgne sur l’écotourisme

Capture d’écran 2016-02-03 à 12.53.58Deuxième plus petite commune de Guadeloupe, l’île la moins touristique de l’archipel à la population vieillissante et touchée par le chômage, désire un avenir plus prospère. La municipalité, au budget contraint, souffrant des baisses de dotations de l’État et de sa double insularité, mise sur des projets de développement économique et touristique maîtrisés afin de ne pas dénaturer son panorama, ni ses deux réserves naturelles.


Les quelque 1510 Désiradiens apprécient leur qualité de vie, à quelques milles de la délinquance et de la criminalité qui sévit sur le continent. Néanmoins, au pied de la crête montagneuse, sur l’unique côte aménagée de la Désirade où semble régner la quiétude, l’inquiétude se lit aussi sur les visages des habitants, dont plus de 23 % ne se déplacent qu’à pied. Tout le monde se connaît et échange à bâtons rompus sur les problématiques de la commune dans l’unique supermarché et les deux épiceries, sur le parvis de l’église jouxtant la mairie, ou dans les artères principales à la voirie aussi vieillissante que la population du bourg. Les Désiradiens s’interrogent légitimement sur l’avenir de leur île à l’environnement préservé, mais touchée par le chômage (38,7 % de la population active en 2012) et désertée par les jeunes. Une fois qu’ils ont quitté les bancs de l’une des deux écoles maternelles, de l’école primaires et du collège Maryse Condé, les élèves – ils représentent aujourd’hui 170 enfants tous âges confondus – doivent s’aventurer vers le continent pour accéder au lycée le plus proche.


Trop d’agents par ménage

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 À l’issue de leur cursus de formation, rares sont les jeunes diplômés qui reviennent sur leur île natale avant l’âge de la retraite, faute de perspectives professionnelles. Sur ce petit territoire de pêcheurs – ils produiraient environ 40 % du poisson consommé en Guadeloupe – subsistent moins de 400 emplois. D’après les données de l’Insee de 2013, les 235 salariés que compte l’île de 21,1 km2 travaillent essentiellement dans le commerce (44,7 %), dans l’administration publique et l’enseignement (47,2 %). Le personnel municipal (71 personnes) pèse lourd dans le budget de la commune – 380 000par an dans les dépenses de fonctionnement – de seulement 680 ménages. C’est ce qu’a révélé l’audit réalisé sous la mandature du nouveau maire, Jean-Claude Pioche. Depuis 2014, il s’efforce de gérer une commune dont les recettes sont insuffisantes au regard des sommes nécessaires pour servir ses ambitions. Mais le budget de 2016, qui s’apprête à être voté, ne présentera aucun déficit. Pourtant, la Désirade souffre des baisses de dotations de l’État (moins 100 000 € en 2015), mais aussi de sa double insularité.


Dépenses injustes

 Capture d’écran 2016-02-03 à 12.53.15“Par exemple, nous payons au Syvade une contribution pour un service qui n’est pas rendu. Faute d’une solution de transport, c’est la commune qui est obligée d’assumer ses déchets, contrairement à Marie-Galante ou les Saintes. De plus, alors que nous disposons du premier parc éolien implanté en Guadeloupe, l’électricité produite ne profite pas aux Désiradiens qui ne bénéficient d’aucun tarif préférentiel, alors qu’elle couvrirait largement leur consommation. De plus, l’éclairage public, en fin de vie, comme les routes départementales vétustes, ne relèvent pas de notre compétence, mais nous devons régulièrement intervenir pour le confort des habitants. Tout cela pèse lourdement dans notre budget ”, regrette Jean-Claude Pioche, qui, dans ce contexte, prévoit quand même, dès mars 2016, d’offrir le transport public à ses administrés.


Un petit hôtel


Capture d’écran 2016-02-03 à 12.53.40Le maire de la Désirade, seul interlocuteur de la population qui lui attribue “ des super pouvoirs ”, porte sur ses épaules tous les problèmes des Désiradiens, mais aussi tous leurs espoirs. Actuellement, l’afflux des touristes, en progression depuis deux ans, le rend optimiste. Pour encourager cette dynamique, des projets favorisant l’écotourisme et le développement économique de l’île sont dans les cartons du conseil municipal. “ Les élus misent sur le développement vert. Il n’est pas question de construire une autoroute sur le plateau, ni de gros hôtels. Notre objectif n’est ni de devenir un petit Saint- Barth, ni d’accueillir 200 000 touristes par an comme les Saintes, afin de préserver notre environnement. En revanche, nous voulons attirer davantage les touristes qui vont à Petite-Terre – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – en développant l’écotourisme, autour de la réserve géologique, des balades en 4X4 sur la crête. Dans le cadre du plan local d’urbanisme, un hôtel de 25 chambres pourrait se construire. Il faudrait aussi créer davantage d’animations, notamment aquatiques, mais en même temps amplifier les secteurs de la restauration, du commerce, de l’artisanat afin d’accroître nos emplois ”. Il ne reste plus qu’à trouver des moyens financiers pour porter ces projets tournés vers l’économie verte et bleue. Ambitieux mais réaliste.

Karen Brun

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